En septembre, tout le monde parle de la rentrée de l'entreprise : réunions, nouveaux objectifs, plans d'action, la machine redémarre. Mais pour beaucoup de salariés, une autre rentrée se joue en parallèle, moins visible et pourtant bien réelle : celle de la famille.
Nouveaux horaires, activités à caler, trajets à réorganiser, fournitures à acheter, imprévus à anticiper… Pour les parents, septembre est souvent une petite révolution logistique.
Et la façon dont une entreprise accueille cette période peut en dire beaucoup sur la place qu'elle laisse à la vraie vie.
La rentrée, oui. Mais laquelle ?
D'un côté, la rentrée de l'entreprise. On la prépare depuis juillet et on la présente comme un nouveau départ.
De l'autre, la rentrée familiale. Celle qui consiste à remettre toute la mécanique du quotidien en route.
Selon un sondage Kantar pour GoStudent, plus de 87 % des parents déclarent vivre la rentrée avec un stress marqué. Une étude OpinionWay pour Les Parents Zens montre par ailleurs que 57 % des parents salariés ressentent une charge mentale plus forte au travail depuis qu'ils ont des enfants.
Des chiffres qui rappellent une chose simple : ce qui se passe à la maison ne s'arrête pas aux portes du bureau.
Pourtant, la rentrée scolaire reste largement considérée comme une affaire privée. Contrairement à un mariage ou à une naissance, elle n'ouvre droit à aucun aménagement spécifique dans le Code du travail.
Certaines conventions collectives ont toutefois choisi d'aller plus loin : trois heures rémunérées dans la coiffure, un jour de congé dans la propreté pour la première rentrée… Des initiatives encore rares, mais qui montrent qu'il existe plusieurs façons de faire.
"Deux rentrées cohabitent dans la même entreprise. Une seule se voit."
Le sujet que personne ne voit vraiment
La rentrée ne provoque pas forcément de grands bouleversements au travail. Elle se manifeste plutôt par une multitude de petits ajustements.
- Un retard exceptionnel.
- Une réunion que l'on doit quitter un peu plus tôt.
- Une semaine plus fatigante que les autres.
- Un parent qui jongle avec les nouveaux horaires de l'école et ceux du bureau.
Pris séparément, ces détails semblent anecdotiques. Mis bout à bout, ils racontent pourtant une réalité du travail.
Et aujourd'hui, l'accompagnement reste encore limité. Selon l'étude OpinionWay, seuls 27 % des salariés déclarent bénéficier d'un accompagnement RH sur ces sujets, et une minorité le juge réellement utile au quotidien.
Le sujet progresse, mais repose encore largement sur la capacité de chacun à s'organiser… et sur la souplesse de son manager.
Une rentrée qui pose aussi la question de l'égalité
La charge de la rentrée n'est par ailleurs pas répartie de manière égale entre les femmes et les hommes.
Une enquête IFOP montre que 64 % des femmes s'occupent des fournitures scolaires, contre 16 % des hommes. Pour les inscriptions aux activités périscolaires, elles sont 55 %, contre 27 % des hommes.
Cette répartition n'est pas sans conséquence sur la vie professionnelle : un tiers des parents estime que l'arrivée d'un enfant a freiné sa carrière, un chiffre qui monte à 43 % chez les femmes.
Derrière les fournitures à acheter et les activités à inscrire se joue donc aussi une question plus large : qui porte la charge du quotidien, et avec quelles conséquences sur le travail ?
Et si septembre était aussi un test grandeur nature ?
La rentrée est finalement un bon révélateur de la culture managériale.
Pas parce qu'une entreprise doit tout prévoir ou tout aménager. Mais parce qu'elle peut choisir de considérer que ses salariés sont aussi des personnes avec une vie en dehors du travail.
Une entreprise peut continuer à fonctionner exactement comme avant. Ou elle peut se demander : de quoi nos équipes ont-elles besoin pour traverser cette période sereinement ?
La différence peut tenir à quelques gestes simples.
Le mode d'emploi pour les managers
Pas besoin de lancer un grand plan « rentrée parent-friendly ». Quelques réflexes peuvent déjà faire beaucoup.
Repérer les signaux faibles.
Une rentrée familiale un peu chaotique n'est pas nécessairement un manque d'organisation ou d'engagement. Parfois, il faut simplement quelques jours pour retrouver son rythme.
Offrir un peu de souplesse quand c'est possible.
Un horaire décalé, du télétravail sur une journée sensible, un peu de flexibilité la première semaine… Des ajustements simples peuvent alléger considérablement la charge mentale.
Ouvrir la conversation.
C'est sans doute le plus important. Donner aux salariés la possibilité de parler de leurs contraintes sans avoir à se justifier, c'est déjà faire évoluer la culture managériale.
Un rôle sur lequel les managers restent d'ailleurs encore trop peu accompagnés.
Et cette réflexion s'inscrit dans une évolution plus large : celle d'un monde du travail qui cherche à mesurer la performance autrement que par la seule présence au bureau.
Et si on regardait aussi la rentrée autrement ?
La rentrée n'a pas besoin d'être un problème à résoudre.
Elle peut être une occasion de regarder autrement la façon dont on travaille ensemble.
Parce qu'une entreprise qui prend en compte la vraie vie de ses salariés ne fait pas simplement preuve de souplesse. Elle crée les conditions pour que chacun puisse être pleinement au travail, sans avoir à mettre une partie de sa vie entre parenthèses.
Et si, cette année, la rentrée de l'entreprise commençait aussi par celle de ses salariés ?
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